Dimanche

Le TGV est parfaitement à l’heure. Et comme vous allez le voir par la suite, la SNCF s’en sort honorablement dans notre voyage.

À Roissy, la vendeuse parle en Japonais à Sophie, pensant sans doute qu’elle l’est à moitié. Raté.

19h30 : au moment d’embarquer, on apprend que le vol est retardé d’une heure pour cause d’un examen des cendres volcaniques. Plus aucun avion ne décolle pendant une heure, puis le trafic semble reprendre comme si de rien n’était.

Horrible nuit dans la boîte à sardines qui sert d’avion.

Lundi

Arrivée à Narita sans encombre. La météo n’est pas avec nous. La guichetière à Paris n’a pas pris la peine de faire l’enregistrement pour le second vol, on perd une heure à refaire la queue, pour apprendre que l’avion pour Hiroshima atterrira peut-être à Osaka pour cause de brouillard. Un troupeau de GIs est en partance pour Okinawa ; ils sont incroyablement jeunes (sans oublier surtout pauvres et noirs), on voit bien que l’armée américaine fait de la retape à la sortie des lycées déshérités.

Un bébé aux beaux yeux bridés fait du gringue à Sophie, cela semble porter ses fruits, elle manque de repartir avec.

À Hiroshima la pluie a chassé le brouillard, arrivée sans encombre.

Remarques en vrac :

  • Les rues sont pleines de monde, même tard le soir.
  • Il y a des fils électriques partout et des passages à niveau hyper dangereux - comme dans les anime.
  • Les voitures roulent très vite et les vélos très mal, la rue est un espace dangereux.
  • Les gens, surtout les jeunes, sont hyper gentils et serviables.
  • Il ne faut pas faire confiance aux agences de voyage pour indiquer la bonne adresse quand un hôtel possède plusieurs bâtiments dans la ville.
  • Un nombre hallucinant de boutiques sont ouvertes toutes la nuit. Léon Blum n’est pas passé par là.
  • On peut trouver des temples partout, y compris sur le toit d’autres bâtiments.

 Ça pousse vraiment partout.

Au centre ville, des files de taxis attendent devant des clubs (ou bien sont-ce des bars à putes ?). Il est tard mais plein de petits restaurants sont encore ouverts. On mange pour 500 ¥ chacun un gros udon avec soupe et salade. Sur le chemin du retour, on trouve un premier cadeau débile dans une sorte de drugstore. Luj, prépare-toi mentalement.

L’hôtel est câblé en RJ45. Ça change du wi-fi pourri avec portail captif qu’on trouve chez nous.

Mardi

Petit déjeuner au 13ème étage de l’hôtel. La ville a du être florissante dans les années 80 mais a beaucoup perdu de sa superbe. L’immense viaduc du Shinkansen la coupe en deux, alors que les nombreuses branches du delta passent complètement dans le décor vu le nombre de ponts.

 Pas très gai, comme ville.

Grosse balade à pieds dans la ville. Il y a des fils électriques partout, certains à portée de main des balcons des immeubles. En ville toutes les rues sont immenses, à l’américaine. Aucune place n’est faite pour les piétons, sauf dans les immenses centres commerciaux, immeubles de 7 étages ou souterrains s’étirant comme des tentacules sous les rues de la ville. L’endroit est un paradis pour Sophie : il y a des toilettes tous les 200 mètres, propres avec du papier toilette, pour la plupart équipées de sièges lavants et chauffants, voire séchants.

Au coin d’une rue, une vieille ruine. Ah non, c’est le fameux dôme de la bombe, seul bâtiment rescapé de l’explosion. Un groupe de collégiens en uniforme écoute religieusement (et en bâillant) leurs enseignants. Derrière le dôme, c’est le parc, un lieu particulièrement Feng shui, qui en grouille littéralement. C’est la saison des voyages scolaires qui donne de la vie à ce lieu assez morne.

 Regardez comme ils sont sages.

 Plus au nord, une prêtresse tirée à quatre épingles attend les touristes devant son ordinateur, dans un sanctuaire rutilant où l’on peut acheter plaquettes de vœux et horoscopes shinto. Le château, haute bâtisse juchée sur une petite butte un peu plus loin, n’est pas en aussi bel état.

Derrière le musée d’art contemporain, on peut voir un superbe parc reconstitué d’époque. Sur le chemin du retour, des collégiens se moquent de nous. « I am Solo ! » gueule l’un d’eux.

Un passant nous conseille un restaurant d’okonomiyaki (la spécialité locale), situé dans la gare. L’endroit est archi-bondé et étouffant, on mange à 10 centimètres des tables chauffantes des okonomiyaki effectivement excellents.

 Yum yum !

Le train pour Miyajima traverse des banlieues tristes et qui se ressemblent, un assemblage hétéroclite de bâtiments agencés visiblement sans préoccupation d’aménagement du territoire. Les derniers kilomètres se font en ferry, qui nous amène à l’île perdue dans les brumes. Un mini-bus nous amène au ryokan situé en pleine nature, manquant d’embrocher deux biches. L’endroit est assez guindé mais très agréable. Découverte des onsen en plein air (enfin, avec un toit au-dessus, ce sont des onsen de riches on vous dit).

 Le repas gastronomique est gargantuesque. L’hôtesse nous fait découvrir l’ensemble des spécialités plus ou moins locales, et cela représente une dizaine de plats fins mais riches à chaque fois. Un petit tour de nuit au sanctuaire pour prendre de belles photos et rencontrer un raton-laveur, puis un nouveau tour au onsen s’impose pour digérer tout ça.

 Un sanctuaire sur l’eau, c’est plus joli à marée haute.

Mercredi

 Le petit déjeuner est à l’image du dîner : copieux, fin, délicieux et protéiné. Il faut bien cela pour pouvoir se diriger vers la montagne. Un télécabine vétuste montant à la même vitesse qu’un bon sportif et un téléphérique taille Lilliput nous amènent… presque au sommet. Le reste de l’ascension est à déconseiller aux asthmatiques (on a testé pour vous). Le flanc de la montagne, très peu fréquentée pour un lieu aussi touristique, est parsemé de temples plus ou moins bien entretenus. De temps en temps on croise des Allemands ou des Français, et au sommet, on trouve une gargote, un observatoire, et des biches. En tendant l’oreille on entend parfois des singes dans la forêt, mais ils ne s’approchent pas.

 Par contre, gare à ne pas se faire piquer son déjeuner.

 En redescendant, une autre gargote propose du curry et des soupes, un vrai régal. C’est l’heure d’aller voir les temples, en finissant par le sanctuaire Itsukushima de jour. Il est littéralement envahi de collégiens faisant sagement la queue. À part le grand torii les pieds dans l’eau (enfin non, c’est la marée basse), il n’y a pas grand-chose à voir. Sauf que nous avons la chance d’assister à une cérémonie de mariage particulièrement huppée, ce qui explique les quelques superbes kimonos que nous avons pu voir plus tôt se promener dans les jardins.

 C’est un peu guindé, quand même.

Direction la terre ferme, et un passage à Hiroshima pour goûter la production d’une boutique de gâteaux repérée la veille. Un groupe de délinquantes juvéniles s’amuse beaucoup à proximité. Enfin, il s’agit de ce que nous avons pu trouver de plus délinquant jusqu’ici : elles parlent fort, portent des chaussettes mal ajustées, des jupes raccourcies, des cheveux décolorés et l’une d’elles fume même une cigarette.

 Et elles posent pour la photo.

C’est l’heure du trajet en Shinkansen jusqu’à Kyoto. Quand il n’est pas dans un tunnel, le train (enfin, cela semble plutôt être une automotrice vu les reprises de fou) traverse sur des kilomètres des banlieues assez sinistres qui ne donnent pas très envie - ne serait-ce que pour la vue sur le Shinkansen sur un viaduc à 15 mètres de hauteur, sans murs anti-bruit.

La ville de Kyoto est néanmoins un peu plus gaie, et semble aussi plus européenne, sans doute par la taille moyenne des immeubles plus raisonnable. Une fois la pension de famille localisée, nous remarquons que cela n’empêche pas une quantité incroyable de commerces de se concentrer au centre ville, que ce soit sous terre dans d’immenses galeries ou dans des departement stores de la taille d’un pâté de maisons et montant sur 6 étages. Un paradis pour otaku vend des poupées collector, des figurines Higurashi, et une collection de goodies pour Sailor Moon et Pretty cure. Argh.

 Non ! Pas la tronçonneuse !

Il semble trop tard pour trouver à manger, mais un bar à bière sert encore une nourriture correcte, dont des beignets légumes-crevettes fort sympathiques. Sur le chemin du retour nous croisons une bonne dizaine de gargotes à nouilles, udon et autres joyeusetés encore ouvertes, qui nous font regretter d’avoir pris le métro à l’aller.

Jeudi

Difficile de trouver un petit déjeuner correct ici, et nous perdons du temps en découvrant les machines à laver japonaises, mais nous finissons par nous mettre en route le ventre plein vers les temples réputés de Kyoto. La ville, disons-le clairement, a dû être splendide avant la guerre, mais est aujourd’hui un assemblage anarchique de bâtiments suivant des avenues perpendiculaires et sans âme à l’américaine.

 Au milieu des voitures et des poteaux électriques, on trouve quelques havres de paix et de beauté préservés qui semblent comme sortis d’une autre dimension.

 Le premier temple que nous visitons est une immense bâtisse pleine de statues de dieux dorées. Le bâtiment est réellement écrasant et l’architecture impressionnante, mais il nous manque les références culturelles pour vraiment profiter de la visite, à part pour les dieux qui apparaissent dans les œuvres de Clamp. Le second temple, le Kiyomizu-dera, est apparu dans tant d’animés que l’on en est un peu déçu, mais il est vrai que l’endroit est splendide… et grouille littéralement de collégiens venus de tout le Japon. L’architecture à flanc de montagne est une œuvre d’art à elle seule, et les statues valent le détour bien que mal éclairées (pour leur conservation). Sur le chemin du retour des collégiennes testent leurs connaissances en anglais en nous parlant (suite à un pari ?).

 Ou alors elles ont abusé de l’eau de la fontaine.

Puis c’est un peu la course pour arriver à notre rendez-vous pour la visite guidée du palais impérial. L’endroit est assez joli et les bâtiments impressionnants, mais on ne voit pas l’intérieur, la conférencière est nulle et au milieu de 100 personnes on ne l’entend pas. Sans compter les bergers qui ramènent bien vite au troupeau les brebis voulant aller prendre des photos sans personne dessus.

 Il a fallu prendre des risques pour obtenir cette photo.

L’après-midi, place au shopping. Perdus dans la ville à la recherche d’un centre commercial que jamais nous ne trouvâmes, nous nous rendîmes dans une galerie déjà vue, y trouvant des accessoires pour gothic lolita et le bandeau de Hell’s bunny.

 Au nom de la Lune, je vais tous vous réduire en purée.

Dîner dans un restaurant relativement huppé du quartier des restaurants. Il faut payer un supplément pour avoir le droit de se geler sur la terrasse vu qu’il n’y a plus de place à l’intérieur. L’oden, visiblement pas la spécialité du coin, est assez quelconque, voire fadasse. Dommage car les autres convives ont l’air de se régaler. Heureusement le saké est là pour nous réchauffer le corps, et les voisins de table pour l’ambiance. Ronds comme des bouteilles de saké, ils font connaissance rapidement avec nous et nous laissent de quoi les contacter.

 L’alcool permet de nouer des liens depuis la nuit des temps.

Note finale : les tickets de métro supplémentaires achetés la veille (pour une fortune) ne sont déjà plus valables. Globalement, nous sommes assez déçus par le système de transports en commun. Il y a deux sortes de citoyens ici : ceux avec une voiture, et ceux qui regardent rouler les voitures. En poireautant aux feux rouges interminables, en manquant de se faire renverser par les vélos qui roulent sur les trottoirs (la chaussée est trop dangereuse pour eux), ou dans des bus bondés et hors de prix.

Vendredi

Après un réveil tardif, nous prenons le tortillard qui mène à Nara. La voie ferrée n’est même pas doublée. Encore un peu de train et nous voilà à Ikaruga, une petite bourgade où tout semble paisible tant qu’on n’approche pas trop des temples millénaires. Là, on retrouve les sempiternelles classes de collège et de primaire en visite.

 Kawaii desu ne?

 Notre première visite, le ''Horyuji'', est une vraie claque. Malgré la foule (encore très raisonnable pour qui a visité Paris), et les travaux, on profite des plus vieux bâtiments en bois du monde, et de magnifiques bouddhas de pierre. On peut acheter des tuiles pour le toit qui est en réfection. Si certains professeurs s’empressent de ramener leurs ouailles dans le rang quand ils viennent parler aux étrangers, pour la plupart des primaires c’est la cohue, car ils ont des fascicules à remplir dont une page consiste à faire une conversation avec un étranger. Nous sommes littéralement assaillis et on nous demande des autographes tels deux stars en goguette. Un second temple se cache derrière, moins intéressant sauf pour les collégiens quand une grosse rafale de vent souffle alors que les filles sont un mètre plus haut.

Elles font moins les fières que  5 minutes plus tôt.

N’ayant pas le courage de marcher jusqu’à la gare, nous prenons un bus de campagne qui met une heure pour faire le trajet fait en 10 minutes par le train, pour 4 fois le prix. Nous nous réveillons devant le Todaiji, dont l’aspect majestueux et les dimensions colossales sont à la hauteur de la foule qui s’y empresse. C’est comme Miyajima l’un des sites les plus visités du Japon et les cars tournent en permanence sur les immenses parkings. L’immense portique abrite deux statues colossales, mais ce n’est bien qu’un portique ; l’intérieur du temple a quasiment la taille d’une cathédrale et la statue de bouddha celle d’une petite maison. À la sortie du temple nous sommes épargnés par les daims mais à nouveau assaillis par des élèves de primaire, et c’est quasiment toute une classe qui nous fait signer ses cahiers.

 Il y a donc un invité surprise sur la photo de classe.

Peu avant 18 heures, l’heure du dîner ici, les cars repartent et la ville se vide, retrouvant son aspect nonchalant. Nous folâtrons dans un quartier particulièrement pittoresque où le temps semble s’être arrêté. Un caviste de saké attire notre œil et attise notre soif. Nous nous retrouvons à déguster d’excellents crus, et voilà déjà une bouteille dans la valise. La sommelière, charmante, nous conseille quelques restaurants dans le quartier et nous en trouvons un avec de la place. Nous commandons 6 bols de nourriture à partager, avec entre autres d’excellents sashimis de thon, deux gratins à tomber par terre et des nouilles aux aubergines, le tout est un vrai régal.

 Merci encore à la marchande de saké.

Quand nous sortons il est 20 heures, il fait nuit et la ville s’endort déjà. Une nouvelle heure de train et nous retrouvons Kyoto, la ville des gens pressés et qui décidément n’est pas à la hauteur par rapport à ce que nous avons vu aujourd’hui.

 Reste la tour de Kyoto, seul bâtiment moderne qui ait un tant soit peu d’élégance.

Samedi

Après une première visite décevante d’un  jardin zen plein de temples somme toute assez pauvres, nous trouvons enfin un magasin qui vend des fruits pour notre plus grand bonheur. Encore un peu de marche, un bento mangé avec des coréens peu aimables, et nous voilà au Pavillon d’or, l’une des plus grosses attractions de Kyoto. En fait, un prétexte pour vendre des babioles au flot ininterrompu de touristes venus de tous les pays prendre des photos.

Vous savez quoi ?  C’est plus joli sur les photos qu’en vrai.

Direction la gare et son centre commercial qui s’étale sur douze étages, dont les 3/4 sont réservés à la mode féminine - ici les hommes sont obligés de s’habiller comme des sacs. Un misérable rayon jouets de 100 m² indique à quel point il y a peu d’enfants ici. On peut néanmoins les retrouver avec leurs mères sur le toit, sans jeux ni jouets. Nous visitons trois autres centres commerciaux, tous sur le même modèle - nous trouvons néanmoins quelques goodies dont une superbe ombrelle noire et rose pour se protéger du soleil qui tape dur.

Le cadeau auquel vous avez échappé :  un thermos bisounours.

Notre long zonage dans les  rues envahies par une foule particulièrement compacte le samedi, à la recherche d’un restaurant, nous mène à une boutique toute rose. Nous finissons dans une petit troquet qui sert de la viande grillée particulièrement savoureuse avec un air amusé envers les étrangers regardant d’un œil torve les étranges mets dans leur assiette. Notre voisine fort sympathique, accompagnée de sa sœur en visite, nous raconte sa passion pour Gundam Seed et Dragon ball Z. C’est encore une soirée particulièrement conviviale.

Le chemin du retour nous amène près d’un manga café, qui, si nous pouvions lire le japonais, aurait pu devenir notre résidence pour une semaine au moins. Une collection impressionnante de séries complètes, de jeux, de DVD, de séries, de vidéo à la demande, de junk food peut occuper un geek pendant longtemps, c’est pour cela qu’il y a même des douches - et tout ce qu’il faut dans les toilettes des filles : serviettes hygiéniques, cotons à démaquiller, lotions…

Dimanche

Avant de quitter le Kansai, nous prenons un train pour Osaka où nous passons quelques heures. La gare vétuste et malorodante fait contraste avec la gare rutilante de Kyoto, et ce malgré une fréquentation considérable et une foule particulièrement compacte pour un dimanche. Nous nous dirigeons vers un gratte-ciel à la vue réputée et profitons de l’ascenseur panoramique, mais le prix de l’accès à la terrasse nous fait rebrousser chemin.

 C’est vrai que la vue est belle.

Nous nous dirigeons donc vers le quartier commerçant autour de la gare, et découvrons un labyrinthe de passerelles et de passages souterrains où une chatte fétichiste ne retrouverait pas son veau d’or. Tout est fait pour les voitures et les piétons doivent faire des détours rocambolesques pour admirer les superbes gratte-ciel. Pittoresque mais un peu navrant, on trouve quantité de gens avec des boulots pas franchement enthousiasmants : cinq policiers par carrefour (même peu fréquenté par les voitures) pour faire la circulation, des jeunes filles dans les ascenseurs pour annoncer les étages d’une voix stridente, des gens pour rameuter la foule dans la rue… Avec tout cela l’endroit est très vivant mais aussi un peu froid, surtout pour un dimanche.

Après un rafraîchissant passage par les rayons  Sanrio et  Bandai, par un passage qui semble anodin, nous découvrons la vraie ville, sous la terre. Ici, à l’abri du soleil et des voitures, on trouve de tout : gares souterraines (de 3 compagnies différentes), vastes centres commerciaux possédés par les mêmes compagnies, restaurants, boutiques (malheureusement fermées pour la plupart)… et surtout une foule encore plus dense. Il faut vraiment connaître ou demander son chemin si l’on ne veut pas s’y perdre. Nous mangeons un curry passable dans un de ces restaurants, et un peu déçus de n’avoir pas eu le temps d’apprécier la ville, reprenons le Shinkansen vers Tokyo.

Le voyage est sans encombre, et au sortir de la ligne Yamanote (le train circulaire autour de Tokyo) nous découvrons Ikebukuro. Le contraste est saisissant quand nous débarquons dans ces rues chatoyantes, clignotantes, chaleureuses, et surtout piétonnes ! L’hôtel est situé à quelques minutes du cœur de ce quartier que nous partons rapidement découvrir. La foule est compacte et bigarrée, et surtout jeune ; l’endroit contraste totalement avec le pays vieillissant que nous avons vu jusque là. Comme il se doit nous croisons des gens au look particulièrement soigné et trash à la fois, dans une ambiance totalement nouvelle pour nous. Ici une punk distribue des mouchoirs en papier, là un groupe branché commence à jouer en pleine rue.

 Et preuve à l’appui, il n’y a pas de voitures.

Nous parcourons les coursives d’un des immenses centres commerciaux mais il se vide et nous retrouvons la rue, d’où une charmante jeune fille nous fait monter dans un restaurant d’okonomiyaki. Bien que sis au deuxième étage, l’endroit est décoré tel une caverne, et l’on peut y dîner autour de tables chauffantes dans de petites alcôves, dans une ambiance à la fois branchée et conviviale. À la sortie nous allons dégommer quelques terroristes dans un vaste Sega center, un endroit surtout consacré aux jeux d’argent et aux UFO catchers avec également pas moins de deux étages réservés aux filles et consacrés à des machines à relooker.

 Ici, on peut claquer son argent.

Il est 23 heures, et les rues se vident déjà. Eh oui, c’est dimanche, et le seul endroit qui vit vraiment plus tard dans la nuit, c’est Shibuya. À suivre donc…

Lundi

Armés de viennoiseries trouvées dans un combini, nous nous dirigeons vers Shinjuku, le quartier des affaires. L’endroit est très souterrain, et un immense tunnel nous mène jusqu’à la mairie, dans laquelle nous pénétrons par en-dessous. Il y a une attente de 10 minutes pour prendre l’ascenseur qui mène à l’observatoire au 45e étage, et effectivement la vue vaut le coup.

 Du brouillard devant la Tour de Tokyo ? Non non, il fait beau.

L’autre côté de Shinjuku est un alignement de commerces, de restaurants et de centres commerciaux. Tout est très cher ici, on sent que nous ne sommes pas n’importe où. Néanmoins on trouve quelques perles, comme cette boutique Hello kitty (la première à avoir ouvert) ou un bazar plein de merveilles sur 5 étages. Un sous-sol plus loin attire notre attention, et nous pouvons y déguster de la viande grillée dans une ambiance feutrée, loin de l’agitation de la surface.

Après le repas, nous décidons d’essayer le Calicco café, le Neko café du coin. L’endroit est extrêmement propre et les animaux aussi. Certains sont très mignons mais on n’a malheureusement pas le droit de leur faire des câlins. Certains visiteurs y viennent pour la seule ambiance, qui est très reposante.

 Ce chat vous botte ?

Deux gares plus loin, c’est Harajuku, le quartier des jeunes. Et pas de doute, jeunes il y a. La moyenne d’âge baisse de 30 ans par rapport au reste du Japon. L’endroit n’est pas très grand, c’est une rue assez étroite et quelques rues attenantes, qui sont pleines de boutiques de fringues tendance et carrément pas chères, ainsi que de cavernes pour gothiques. La seule nourriture disponible : hamburgers et crêpes. C’est le moment d’un relooking complet pour Sophie après un passage dans deux caves aux merveilles.

 Indice : c’est encore plus mignon que ça.

Un peu plus loin, c’est Omotesando et ses grandes boutiques de luxe et les restaurants qui vont avec. C’est l’endroit que l’office du tourisme conseille aux visiteurs, mais à part un magasin de jouets (un vrai ! avec un Totoro géant) il n’y a pas grand-chose ici pour nous, aussi nous allons du côté de Shibuya pour trouver à dîner.

 Sous le regard intéressé de Pedobear.

Si Shinjuku et Harajuku sont des endroits agités, ils semblent comme la surface d’un étang à côté de la fourmillière qu’est Shibuya. Restaurants, commerces ouverts tard, bars, clubs… Les rues sont noires de monde, et la plupart des gens présents sont sur leur 31. Les seules voitures ici sont des taxis, qui ont bien du mal à circuler.

 Surtout quand la foule envahit la chaussée, comme dans les anime.

Un couple croisé au hasard nous indique où manger un shabu-shabu ; comme beaucoup de Tokyoïtes ils sont incroyablement serviables, et vont jusqu’à nous accompagner jusqu’à l’immeuble, que nous n’aurions jamais trouvé autrement. Contrairement à Kyoto et Ikebukuro, rien n’est indiqué en anglais ici. Au cinquième étage, il y a 20 minutes d’attente pour avoir une place, mais nous ne sommes pas déçus. Il nous faut parler avec les mains avec nos voisines pour comprendre comment manger notre excellente fondue, nous en profitons pour leur apprendre 3 mots de français.

À Ikebukuro, un marchand a posé sa voiture près de la gare et vend de bons melons. Il faut compter 2500 ou 3500 yens (30 euros) pour un melon. Bienvenue au pays où on ne mange pas de fruits !

Mardi

Direction Akihabara, en espérant se retrouver au bonheur des geeks. En sortant nous parcourons des ruelles pleines de magasins d’électronique qui font la réputation d’Electric city. Du bidouilleur du dimanche au professionnel, chacun trouvera son bonheur, on des boutiques de câbles, des boutiques de composants, des boutiques de matériel radio, des boutiques de voltmètres… Joss n’arrive pas à passer sous le plafond des arcades qui les abritent.

Puis nous attaquons ce pour quoi nous sommes venus : les goodies. Le premier immeuble que nous explorons vend des biscuits vus dans les anime (à goûter à notre retour), des figurines, des peluches Ghibli, des figurines, des mini figurines Pretty cure (type Polly Pocket), des modèles de Gundam, de trains, d’avions, de chars, des poupées, des figurines, des poupées en kit, des mangas, des mangas de cul, des pendules diverses, des figurines, des serviettes, des coussins, quelques T-shirts, des poupées vintage collector, des figurines, des figma (figurines jouets articulées), des breloques de téléphone, des figurines…

 Et des statues de Oh! my goddess.

À l’un des étages figure le show-room Volks, autant dire que nous avons décroché le gros lot. L’étage est rempli de poupées, en particulier des superbes Dollfie Dream et Super Dollfie, des poupées de 60cm devant lesquelles le cœur de Sophie fait doki doki. Elle manque de faire une syncope, et ne passe pas loin à nouveau en voyant les prix : comptez de 60 à 100000 yens (900 €) pour une poupée sans ses vêtements et accessoires. C’est un loisir de riches, pour qui ces jouets sont comme leurs enfants. Malheureusement, comme dans quasiment toutes les boutiques, il est interdit de prendre des photos.

À l’étage en-dessous on nous laisse néanmoins photographier  les poupées K-On!.

Nous continuons à déambuler dans les rues et les magasins, hauts et étroits, et rapidement nous nous rendons compte qu’ils se suivent et se ressemblent beaucoup :

  • ils passent tous les musiques de K-On! en boucle ;

  • ils vendent les mêmes figurines ;
  • ils vendent les mêmes biscuits ;
  • les goodies sont rares, très onéreux et assez quelconques par rapport à ce qu’on trouve en France (une seule boutique à Palaiseau en contient plus que ce que nous avons trouvé cette journée) ;

  • on ne croise quasiment aucune fille à part les serveuses des maid cafés qui racolent dans la rue ;

  • de très vastes espaces sont dédiés aux galge (jeux vidéo de drague), eroge (jeux vidéo érotiques), et vidéos de cul ;

  • les toilettes des hommes près des rayons cochons ne sentent vraiment pas très bon ;
  • les T-shirts sont rares, moches, petits et chers ;
  • les figurines et goodies réfèrent toujours aux mêmes animés en vogue (du moment ou sur la durée) : K-On!, Railgun, Koihime musoh, Nanoha, Fate/stay night, Pretty cure, One piece, Naruto, Dragon ball, Haruhi Suzumiya.

 Les bâtiments sont tellement étroits que la moitié de la place à l’intérieur est prise par l’escalier et l’ascenseur.

Nous décidons de tester un maid café réputé. L’endroit est assez cher et on ne peut qu’y rester qu’une heure, mais les serveuses sont mignonnes, bien habillées d’une robe marron bouffante, d’un tablier blanc à dentelles, de divers accessoires roses ou oranges, de couettes et de bonne humeur. Une fille exubérante d’1m48 fait sonner la cloche et toutes saluent l’entrée des clients avec des voix stridentes. On nous sert une moe moe omelet et des nouilles puyo puyo ; il faut scander des onomatopées mignonnes en faisant des cœurs avec les mains pendant que les pâtes sont mélangées, et on dessine avec amour Kitty-chan (Hello Kitty) avec du ketchup sur l’omelette. Les autres clients sont pour certains amusés comme nous, mais d’autres sont un peu caricaturaux : l’un d’eux collectionne les photos que l’on peut faire avec les serveuses (une prestation payante), un autre semble un client régulier, leur offre des petits cadeaux et leur montre sa collection de Pocs vintage. Nous repartons avec des Master’s card et une photo de Joss avec la serveuse qui nous avait accueilli et Kitty-chan.

Nous reprenons les boutiques, et croisons un sex-shop qui vend des uniformes d’écolières, d’infirmières et de servantes, des poupées en latex taille réelle, des perruques, et surtout une collection impressionnante d’accessoires SM. Plus loin une boutique vend quelques goodies très chères : T-shirts Railgun, dakimakura (polochons à serrer dans ses bras, avec imprimé d’un côté la fille vêtue, et de l’autre la fille dénudée), colliers Shana. Et quand on dit cher c’est cher : 3000 ¥ pour un T-shirt, 7500 ¥ pour un hub USB Dark Vador, 15000 ¥ pour une poupée d’anime. Globalement nous passons une très bonne journée mais ne gardons pas une très belle image du quartier.

Hors des maid cafés on ne peut manger à Akiba que de la junk food, dont des beignets de poulpe immangeables, aussi nous rentrons à Ikebukuro dans le but de déguster un bon udon. La boutique Sanrio est encore ouverte mais c’est la même déception que dans les autres de la marque. Tentés par un cinéma ? Il faut être motivé, les places sont à environ 2000 ¥. Sur le chemin du retour nous trouvons, entre un peep-show et un bar à putes, une animalerie qui expose des chatons et chiots particulièrement mignons mais à des prix qui laissent pantois ; on comprend que certains préfèrent élever des poupées. Comptez 120000 ¥ pour un chat mignon et vacciné, et le triple pour un animal de race. Nous commençons à nous arrêter dans un bar à saké, mais là encore les prix prohibitifs nous font reculer.

Reste un endroit pas cher : le drugstore, qui vend des accessoires entièrement nouveaux pour nous, dont des ciseaux à éclaircir les sourcils. Pas mal, pour un début.

Mercredi

Après une mini grasse matinée, direction les boutiques du quartier d’Ikebukuro. Tout d’abord l’immense department store, l’un des plus grands du monde, qui s’étale sur 16 étages d’un bâtiment tout en longueur. Nous y trouvons du nihonshu (saké doux et fruité, peu alcoolisé, comme du vin blanc) qui semble approprié. Un petit détour par le show-room Toyota, totalement inintéressant à part ses bornes d’arcade Gran Turismo gratuites, et allons faire les boutiques du Sunshine city, le vaste centre commercial situé quelques rues plus loin. Encore une boutique Hello Kitty, celle-ci est spécialisée dans les assortiments pour mère et fille. Pas mal de boutiques rigolotes, dont une de goodies Ghibli, une boutique où on peut fabriquer et customiser son propre nounours (dont la nouveauté tropical Kitty). Là encore les photos sont interdites. Un immense magasin Toys’r’us, bien différent des nôtres, est essentiellement consacré à la puériculture et à la petite enfance, avec un impressionnant rayon Duplo.

Nous préférons  les Totoro.

Un tempura plus tard et nous passons par hasard devant de vastes enseignes à l’extérieur nous rappelant certaines vues à Akihabara. À l’intérieur, c’est très différent : l’endroit regorge de goodies variées et de figurines pour tous les prix. C’est le paradis des accessoires et de la décoration, et l’endroit est beaucoup plus mixte. On y trouve des tas de posters de toutes les tailles, des autocollants, des mini peluches, des porte-clés, et un bon paquets d’objets dont nous ignorons totalement l’usage. Le sac de courses se remplit.

 Et sinon, un nanar Japonais ?

Portés par notre élan, nous prenons le train pour Nakano, un quartier conseillé par un vendeur d’Akihabara pour y trouver des goodies pour filles. Près de la gare côté nord, nous trouvons, sous une pluie battante, une arcade couverte avec plein de boutiques sympathiques et pas trop chères, mais des boutiques. Au bout, c’est le centre commercial Nakano Broadway. Au rez-de-chaussée, c’est un centre commercial. Rien ne laisse présager de ce qui se cache dans les étages ; montez un escalier et la concentration de geeks augmente fortement. Quasiment tous les étages sont pris par le plus gros magasin Mandarake de Tokyo. On y vend de tout, mais surtout de ce qu’on ne trouve pas ailleurs : figurines en fin de série, dont une introuvable Haruhi Suzumiya en bunny girl avec sa guitare à un prix dérisoire, des monceaux de poupées, modèles de méchas, posters et dédicaces d’occasion, et tout un tas d’objets vintage, pour certains d’une rareté exceptionnelle. Il y en a pour toutes les bourses, des mini-figurines copiées par les chinois à 2000 ¥ le sachet à la poupée Candy avec accessoires à 500000 ¥ (plus de 4000 €). C’est une véritable caverne d’Ali Baba pour geeks, et Sophie manque à nouveau de faire une syncope devant les Barbie et Licca-chan vintage.

 Des boîtes Charlotte aux fraises des années 80. Totalement collector, on vous dit !

Nous rentrons avec un nouveau sac de courses plein, non sans goûter une vraie crêpe faite avec du vrai chocolat pâtissier (hélas rare ailleurs à Tokyo). Nous ressortons sous la pluie pour chercher des kurokke (croquettes de pommes de terre), une escalope de poulet et une salade. Tout ça pour ne pas retrouver notre parapluie en sortant ; comme quoi à Tokyo aussi il y a des cleptomanes !

Nous dînons devant Olive & Tom, version 2010. Ce qui est bien, c’est qu’on comprend tout même sans les sous-titres.

Jeudi

La valise risquant de ne plus fermer, haro pour le moment sur le shopping. Aujourd’hui, direction les quartiers les plus touristiques de la ville.

 Nous commençons par Ginza. La pluie n’aide pas à apprécier l’endroit, mais foncièrement on dirait les Champs-Élysées sans l’Arc de triomphe, et avec des immeubles moches. À part le show-room Sony pas terrible, on ne trouve que des enseignes de luxe connues : Dior, Chanel, Armani, Bulgari, Boucheron, Rolex, Blueberry, Prada… L’endroit est bruyant et ne présente que peu d’intérêt.

Ah si :  une immense boutique Sanrio, qui prend la moitié d’un étage dans un centre commercial (Nishi-Ginza). De quoi se réchauffer le cœur, rapport au crachin qui règne à l’extérieur.

Nous passons sous un pont, et arrivons au cœur de la ville, Marunochi. L’endroit rappelle beaucoup le centre des villes américaines : de larges avenues assez encombrées, des gratte-ciel, et des rues quasiment désertes à part ça. Les hommes sont au travail et on ne croise que quelques femmes de 40 ans et plus, habillées façon Bernadette Chirac. Même la ville souterraine est morte, il n’y a que de longs souterrains pour relier les gares entre elles. Au milieu des immeubles, un château à la française : c’est le musée des beaux-arts du coin, avec une exposition sur Manet. Juste à côté, la boutique Joël Robuchon, assez abordable pour l’endroit.

 La gare est en réfection.

Nous déjeunons de sandwiches et traversons les douves qui mènent aux jardins du palais impérial. C’est l’heure de la visite guidée, en rangs d’oignon au milieu cette fois de touristes venus de tout le Japon. En fait, il n’y a pas grand-chose à voir, tout ayant brûlé lors du bombardement de Tokyo. Les jardins ne sont même pas fleuris, c’est assez tristounet. Le nouveau palais est tout plat et manque de majesté, même si un bref aperçu de l’intérieur montre un luxe très sobre. Les jardins intérieurs semblent magnifiques, mais ils ne sont pas accessibles au public.

 On peut tout de même y accueillir les VIP en grande pompe.

Quelques stations de métro plus loin, c’est le quartier de Shiba, qui abrite la fameuse Tour de Tokyo. Nous visitons un superbe temple, récent et parfaitement entretenu, richement décoré dans des dorures somptueuses. L’endroit qui appartient à une riche famille aristocratique semble bien prospérer. Suivant le flot de collégiens, nous trouvons le lieu touristique, à savoir la fameuse tour. Pas impressionnante pour deux sous, mais pas aussi moche que ce qu’on nous avait décrit. Ah si, en fait avec le centre commercial sous la tour qui empêche de la voir d’en-dessous, c’est assez atroce. À l’intérieur, on trouve :

  • une exposition Michael Jackson à un prix totalement prohibitif ;
  • des ascenseurs pour le sommet à un prix qui ne l’est pas moins ;
  • des hordes de collégiens ;
  • de la junk food : gaufres, MacDo, glaces ;

  • et bien sûr, une boutique Hello Kitty !

 L’endroit rêvé pour perdre notre deuxième parapluie en deux jours.

Encore un peu de marche à pieds, et nous rejoignons le quartier de Shiodome. L’ambiance est très différente : ici tout est flambant neuf, dans un pur style d’urbanisme sur dalle comme on n’en fait plus chez nous : un labyrinthe de passerelles serpentant entre d’immenses et élégants gratte-ciel, un monorail aérien, et des trains au sous-sol. Neuf mais un peu triste, car à part des bureaux il n’y a pas grand-chose. Une petite galerie commerciale abrite les restaurants (chers) où les businessmen vont déjeuner, et pour le reste, il y a le passage souterrain vers la gare.

 Imitation de forum romain : raté.

Nous retrouvons devant la gare de Shimbashi deux connaissances de Joss par Debian : un homme d’affaires qui a dû faire 3 fois le tour de la Terre, et un authentique geek local étonné de voir un Mokona sur notre sac. Nous retournons dans la galerie commerciale en question pour manger du délicieux poisson grillé dans un des restaurants, tout en obtenant la réponse à des questions qui nous taraudent sur la société japonaise.

  • Pour trouver des enfants, il faut aller dans les banlieues. Pendant que Monsieur prend le train pour aller à Tokyo au travail, Madame prend la voiture pour aller au centre commercial avec bébé.
  • Pourquoi il y a des pachinko partout alors que les jeux d’argent sont interdits : le pachinko permet de jouer et gagner (enfin, en général perdre) des billes, puis de les échanger contre des objets, et des organisations “caritatives” installées à côté échangent les objets contre de l’argent.

  • Comment obtenir les investissements colossaux nécessaires à la construction de lignes de train avec des compagnies privées : les compagnies achètent des terrains et spéculent sur leur valeur qui augmente du fait de la construction de la ligne de train elle-même. Plus classique, la création de partenariats ruineux avec les collectivités locales, qui conduisent à toujours adopter le projet le plus cher (d’où les viaducs et tunnels partout).
  • À quoi on peut s’amuser le week-end : si on a les moyens, on emmène Madame faire du shopping à Ginza. Sinon, pas grand-chose.

Note d’étiquette : ne jamais préciser votre budget à un Japonais avant de rentrer dans un restaurant. Si jamais ça dépasse, il est capable de payer la différence.

Vendredi

Au lever (laborieux), passage par Harajuku pour acheter quelques accessoires manquants. Nous découvrons une nouvelle boutique qui doit servir à habiller toutes les serveuses des maid cafés de la ville : robes bouffantes et/ou à volants, costumes et uniformes divers et variés, habits gothiques très tendance, sacs à fraises, bonnets en dentelle, chaussures à nœuds roses et à fleurs, chaussettes à frou-frous, jupons… Une autre boutique vend uniquement des T-shirts et jupettes en tons pastels ou fluo, à empiler les unes sur les autres avec une coiffure assortie pour le plus bel effet poupée vivante.

Direction le marché aux poissons de Tsukiji, dans un bar à sushis vieux de 160 ans où le descendant du fondateur, un véritable sushi master, manie le couteau et la boulette de riz avec dextérité. Nous y dégustons, serrés sur un comptoir, un plateau de sashimis que nous ne sommes pas près d’oublier : 5 variétés dont thon albacore, thon gras ootoro et saint-jacques. C’est une tuerie.

Une petite marche nous ramène près des gratte-ciel de Shiodome, dans un superbe parc du XVIIe siècle. Au milieu d’étangs particulièrement calmes malgré la présence de l’autoroute à 200 mètres qui sait ne pas se faire oublier par un bruit assourdissant, nous prenons le temps d’une sieste digestive à l’ombre des arbres. On y croise des américains, des français, une grue, un canard, un corbeau, un chat, un dirigeable, et un jeune couple vraisemblablement très riche qui fait des photos. Peu de fleurs, comme dans tous les parcs ici.

 Mais de très jolis ponts.

Près de là passe le rutilant monorail qui mène au polder d’Odaiba. La vue depuis le monorail, qui roule à 15 mètres au-dessus de la ville, est superbe, on peut y admirer la baie de Tokyo, le Rainbow bridge, les multiples autoroutes, les gratte-ciel de Shiodome et Odaiba. Le monorail emprunte le pont au milieu de l’une des deux autoroutes qui le constituent. La vue est tellement belle que nous prenons pour prétexte un sac oublié dans les toilettes pour faire le voyage deux fois de plus.

À Odaiba, on retrouve la foule de collégiens caractéristique des lieux touristiques. Il faut bien cela, car à part eux et quelques mères de famille venues en voiture, l’endroit est un peu mort. Le Gundam taille réelle qui était là l’an dernier a été démonté. En revanche, l’endroit présente une vue absolument magnifique sur la baie de Tokyo. Un groupe d’adolescentes surexcitées, attirées par la grande stature de Joss demandent à prendre des photos avec lui, ce qui est fort drôle ; on dirait un coq au milieu des pintades. Nous y restons observer le coucher de soleil en compagnie de quelques photographes amateurs, et allons tester un curry dans un fast-food indien du centre commercial - il est excellent. Dans le centre commercial on trouve également deux bonheurs de Sophie : un magasin de jouets et… une boutique Hello Kitty ! Un portique au pied de l’escalator qui mène au toit indique la présence d’un temple sur icelui. Tout est business ici, même la religion - qui s’apparente surtout à un commerce d’horoscopes. La vue de nuit sur la baie de Tokyo sur ce toit est splendide, on voit en particulier tous les restaurants qui brillent de mille feux.

 Clinquants, les bateaux ? Mais non.

Il est déjà tard et nous reprenons le monorail, pour admirer l’autre côté de la baie. Nous passons devant un bâtiment que Joss reconnaît comme le parc des expositions, lieu du Comiket, bien qu’il n’y ait jamais été.

À Ikebukuro, les rues sont bien agitées, on sent que c’est le week-end. Couples et bandes de copains fourmillent dans les rues où l’on trouve restaurants, fast-foods et bars.

Samedi

Au lever, direction les magasins de goodies d’Ikebukuro. Nous remarquons à l’entrée de plusieurs magasins des files d’attente composées uniquement de jeunes filles et de femmes armées de valises et cabas. Après examen minutieux des échoppes en question, il s’avère qu’il s’agit de librairies spécialisées dans le yaoi (histoires d’amour entre hommes) - manga et doujinshi (histoires dérivées souvent érotiques écrites par des amateurs). Nous supposons qu’il s’agit pour la plupart de femmes venues passer le week-end à Tokyo et faisant la tournée des librairies. Nous remarquons même des consignes à l’entrée. Un quadragénaire attend sa femme à proximité ; il a l’air vraiment désabusé, et il est, à part Joss et un couple de jeunes homosexuels, le seul homme dans les parages.

Il y a aussi  un cycliste masqué.

Nous passons au centre commercial acheter des accessoires capillaires pour Sophie (usamimi et nœud rose) et à manger ; des brochettes appétissantes mais somme toute passables. Dans le centre commercial, nous croisons enfin quelques enfants ; il semblerait que certaines mères prennent la peine de les amener à Tokyo le week-end.

Nous prenons ensuite le train pour Harajuku où nous espérons rencontrer les jeunes filles qui paradent dans la rue. Hélas un évènement les occupe dans le stade voisin : un concert avec défilé de mode, les Girls awards 2010. Du coup toutes les jeunes à la mode sont là-bas et pas dans la rue. Direction Akihabara où nous espérons cette fois croiser des cosplayers, mais sans plus de succès, les seuls que nous croisons sont là pour des offres promotionnelles. Là encore le folklore s’est transformé en business. Les rues sont noires de mondes et nous trouvons quelques boutiques qui ont reçu des nouveautés depuis mardi. Après de longues recherches, nous retrouvons grâce à Sophie et son radar à objets mignons le boui-boui qui vendait la figurine favorite de Luj’.

 Haruhi a bien essayé de nous aider, mais ça n’a pas marché.

Encore un peu de train en sens inverse, et nous retrouvons la fourmillière de Shibuya, littéralement noire de monde ; le samedi fait vraiment une différence et on a du mal à circuler. Ce n’est pas aussi terrible que Lyon à la fête des Lumières, mais ça s’en approche. Nous retrouvons le restaurant où nous avons déjà mangé lundi soir (le Nabezo, si ça intéresse quelqu’un) dans le but de goûter leur Sukiyaki (fondue de viande et légumes à la sauce soja avec de l’œuf). Chose incroyable, notre réservation a été prise en compte malgré l’anglais approximatif des serveurs, et nous pouvons profiter dudit Sukiyaki qui s’avère un vrai régal et de la formule boissons à volonté - pour une durée limitée, au bout de laquelle nous nous faisons virer comme des malpropres - sans grande rancune, vu que nous ne marchons pas très droit.

 De toute façon, difficile de tomber.

Sur le chemin, nous remarquons plusieurs personnes assez gaies ou en vraiment mauvais état, un peu comme chez nous dans les quartiers de fêtards, à part qu’il n’est que 21h. Ce qui est un peu compréhensible étant donné que tout ferme avant 23h, avec le dernier train partant vers minuit - et inutile d’espérer rentrer autrement qu’en train.

Dimanche

Note pour plus tard : le saké japonais fait très mal à la tête au réveil.

Hélas oui, c’est déjà le dernier jour. La pluie battante accompagne notre tristesse de devoir passer ce qui reste de matinée à préparer les valises ; une tâche difficile vu le nombre de cochonneries fragiles que nous ramenons. Nous revenons avec deux sacs en plus des valises de l’aller.

Puis nous nous mettons en route vers Mitaka, où se trouve le musée Ghibli. Une ligne de chemin de fer parfaitement rectiligne sur 30 kilomètres permet de rejoindre la banlieue est de Tokyo. Un bus décoré d’un Totoro, dans lequel Joss ne rentre pas debout, fait les derniers kilomètres et nous voici devant le musée, un bâtiment rondouillard et coloré. À l’intérieur, l’endroit grouille littéralement de gamins ; à croire que nous ne sommes plus dans un pays de vieux. De plus tout est fait à leur taille : toilettes accessibles par un trou de souris, minuscules escaliers en colimaçon à rendre claustrophobe, salle de jeu avec une peluche géante chat-bus. Au sous-sol, on voit une exposition de plein de gadgets qui montrent les principes du cinéma d’animation, dont une superbe sculpture tournante stroboscopique ; une petite salle de cinéma présente un court métrage hyper mignon basé sur Totoro. À l’étage, une exposition montre les bureaux des maîtres et des tonnes de dessins originaux. Et voilà pour ce qui est intéressant. Sur le toit, des hordes de chinois se pressent pour se prendre en photo devant le soldat robot grandeur nature. Dans le patio, on peut faire la queue une demi-heure pour manger une part de gâteau aux fraises. La boutique est archi-bondée et vend les mêmes peluches que le magasin à Ikebukuro. La visite est très rapide et un peu décevante pour des vrais fans du studio Ghibli qui peuvent en attendre beaucoup, mais le prix n’est pas excessif non plus.

 Et c’est Totoro lui-même qui vend les billets.

Le retour est très long, le bus bondé étant pris dans les bouchons. Plus loin, nous nous retenons de retourner faire un tour à Nakano qui se trouve sur le chemin. Une sieste réparatrice en prévision du voyage, et nous voici partis dîner, dans un Ikebukuro envahi par une foule de parapluies dans laquelle il est très difficile de circuler sans se prendre des coups. Nous retournons au restaurant de table chauffantes de la semaine précédente. Nous retrouvons la petite serveuse émerveillée de voir des clients revenir. Nous prenons un menu complet, c’est totalement gargantuesque et nous nous avérons incapables de finir les 10 plats à partager entre nous deux : salade de cornichons, salade de radis, haricots japonais, ris de veau sauté, chou au poulpe, crevettes au chou et au soja, okonomiyaki, poulet au sésame, nouilles sautées, crêpes au patates douces (un dessert vraiment pas à notre goût). La serveuse nous laisse son adresse et nous prenons des photos avant de repartir le ventre lourd et la larme à l’œil.

 Ça, ce sont juste les entrées.

Dans la gare d’Ikebukuro, nous croisons plusieurs couples d’amoureux au comportement limite indécent pour ce pays assez prude.

Incroyable : nous avons encore notre parapluie, qui va nous accompagner jusqu’à l’aéroport.

Lundi

Nous nous levons horriblement tôt, mais il fait déjà jour. Ça fait vraiment bizarre. Direction la gare pour le train allant à Narita. Sur le quai d’en face, un troupeau d’hommes d’affaires s’entasse dans le train hors de prix qui met un quart d’heure de moins. Nous faisons le voyage, qui dure plus d’une heure, avec des écoliers assoupis, des employés de l’aéroport, et quelques autres touristes. La banlieue de Tokyo semble horriblement laide et triste, ce sont surtout des petits immeubles en piteux état, à perte de vue. Nos sacs Disney craquent tous deux sur le chemin.

Dans l’avion, nous avons droit aux places près de la sortie de secours, ce qui rend le voyage nettement plus supportable. Fin du voyage dans un TGV plein à ras bord de gamins de retour de Disneyland. 10 minutes de retard pour cause d’un vol de câbles de signalisation. Deux choses qui ne risquaient pas d’arriver au Japon.

Tribulations nippones (last edited 2010-08-18 18:33:05 by localhost)

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